LE POINT SUR : Ulcère de Buruli

L. Marsollier, J.L. Souchet et B. Carbonnelle
Laboratoire de Bacteriologie-Virologie CHU Angers

L'Ulcère de Buruli, infection cutanée provoquée par Mycobacterium ulcerans est une infection émergente qui sévit de façon inquiétante en Afrique de l'Ouest. L'augmentation quasi-exponentielle du nombre des cas relevés dans certains pays, par exemple au Bénin (20 cas en 1990, plus de 1.000 en 1998) n'est pas sans poser de graves problèmes de santé publique. L'augmentation de la prévalence de cette infection classe cette mycobactériose au troisième rang après la Tuberculose et la Lèpre. Mais, à la différence de M. tuberculosis et de M. leprae, pour lesquelles l'homme représente le seul réservoir de microbes, M. ulcerans est une bactérie de l'environnement hydrotellurique. Bien que n'ayant pas été isolée avec certitude de l'eau ou de la terre, un certain nombre de chercheurs ont amplifié et mis en évidence des séquences génétiques identiques à celles de M. ulcerans à partir de l'eau de l'environnement et à partir de punaises d'eau . La survenue des cas à proximité des marécages ou dans des zones où le réseau hydrographique naturel a été modifié pour les besoins de l'agriculture renforce l'hypothèse de la présence de M. ulcerans dans l'eau et la terre.

Les souches microbiennes qui vivent dans ce même environnement ont mis au point des moyens de défense contre les substances que les unes ou les autres élaborent et qui, pour bon nombre, ont des propriétés antibiotiques. Elles manifestent donc souvent une insensibilité naturelle à un nombre variable d'antibiotiques. M. ulcerans ne fait pas exception à cette règle et possède une résistance naturelle à plusieurs antibiotiques par ailleurs actifs sur M.tuberculosis et M. leprae. Comme on ne dispose pas d'association médicamenteuse active, le traitement de l'Ulcère de Buruli est, jusqu'alors, uniquement chirurgical et consiste en une ablation large des lésions suivie de greffe de peau dès que les lésions ont une certaine surface. En plus, les fréquentes rétractions musculo-tendineuses nécessitent l'intervention du chirurgien orthopédiste-plasticien pour réduire les attitudes vicieuses. Des récidives compliquent souvent les suites opératoires.

C'est la raison pour laquelle nous avons recherché une association antibiotique susceptible de guérir une lésion initiale de petite dimension ou de venir en appui d'une thérapeutique chirurgicale. Pour cela, nous avons utilisé la propriété de M. ulcerans de provoquer des lésions expérimentales quand il est inoculé dans la queue de la souris ou dans son coussinet plantaire, régions dont la température aux environs de 30° permet la multiplication du microbe.

L'injection de 50.000 bacilles sous la peau de la queue de souris consanguines Balb C provoque en 4 à 5 semaines des lésions inflammatoires faciles à reconnaître et dans lesquelles la population microbienne atteint environ 20 millions de bacilles par gramme de tissu infecté.

A ce stade, les animaux sont divisés en 2 lots, ceux qui ne recevront aucun traitement, ce sont les témoins. Ceux du second lot vont recevoir un traitement, ils sont répartis en trois sous-groupes selon qu'ils reçoivent ou l'Amikacine seule ou la Rifampicine seule ou l'association des deux antibiotiques. Chez les témoins, l'infection progresse, des ulcérations apparaissent suivies d'une nécrose de la queue puis, soit de l'amputation de celle-ci, soit de la mort de l'animal. Le nombre des bactéries croît, atteignant plusieurs centaines de millions de bacilles par gramme de tissu infecté ; chiffre atteint vers la 8ème semaine après l'inoculation. Chez les animaux traités, après environ 15 jours de traitement, soit six semaines après l'inoculation, les lésions commencent à régresser pour disparaître complètement après deux mois de traitement, soit 12 semaines après l'inoculation.

Les dénombrements microbiens chez les animaux traités montrent une disparition des formes viables entre la 10ème et la 12ème semaine pour la Rifampicine et l'association (figure 1 et 3) et entre la 13ème et 15ème semaine après l'inoculation pour l'Amikacine (figure 2).

Les traitements ont été administrés pendant trois mois.

Les souris restantes ont été conservées encore pendant trois mois. Aucun des animaux traités par l'association n'a rechuté. 2 animaux sur les 28 restants après traitement par l'Amikacine et trois sur les 30 restants après l'administration de Rifampicine ont rechuté. La sensibilité des souches a été étudiée. Les souches isolées des rechutes des animaux traités par l'Amikacine ont conservé une CMI de 1 mg/ml pour l'Amikacine, identique à la valeur de la CMI de la souche initiale. Par contre, les souches isolées chez les animaux traités par Rifampicine montreraient une augmentation de leur CMI vis à vis de cet antibiotique par rapport à celle de la souche initiale. Cette observation doit être vérifiée.

Les résultats encourageants que nous avons obtenus avec l'association de Rifampicine et d'Amikacine, confirmés dans le laboratoire du Pr J.GROSSET, nous incitent à entreprendre un essai thérapeutique chez l'homme qui sera mis en route sur le terrain dans les semaines qui viennent. Nous ne manquerons pas de vous en tenir informés.


( L'ensemble de ces travaux a été soutenu par l'appui financier de l'Association Française Raoul Follereau ).








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