LE POINT SUR : " Trop tôt pour crier victoire "

Interview du Dr Etienne Declercq,
Président de la Commission Médico-Sociale de l'ILEP


ALLF. Au vu des dernières statistiques disponibles de l'OMS, on voit que le nombre de malades enregistrés début 2001 aurait baissé d'environ 20 % par rapport à l'année précédente. Cela donnerait au niveau mondial un taux de prévalence légèrement inférieur à 1/10 000.
Par ailleurs, le nombre de pays qui auraient un taux de prévalence supérieur à 1/10 000 serait maintenant de 15 seulement.
Que vous inspirent ces chiffres et comment interprétez-vous une chute aussi rapide de la prévalence ?


E. Declercq. Je répondrai qu'il faut être très prudent dans l'interprétation de ces résultats.
Tout d'abord, il faut dire, me semble-t-il, que les chiffres mondiaux sont fortement influencés par la situation dans un nombre limité de pays à forte endémicité lépreuse, comme l'Inde et le Brésil, et par les activités de lutte contre la lèpre qui s'y déroulent. Cette baisse de la prévalence du nombre de malades enregistrés, toute remarquable qu'elle soit du point de vue charge de travail à affronter par les services de santé, n'a cependant qu'une portée épidémiologique limitée : il faut en effet remarquer que le nombre de nouveaux cas détectés en l'an 2000 est resté, lui, fort semblable à ce qui avait été rapporté l'année précédente.

Le taux de détection me semble, d'ailleurs, être plus intéressant à suivre que le taux de prévalence, mais je pense qu'il faut étudier la "tendance" de cet indicateur sur plusieurs années. Dans les années 90, on a vu une élévation des chiffres de détection, suite aux importantes activités de dépistage des CEL au cours desquelles beaucoup de cas anciens (backlogs) avaient été détectés. Actuellement en 2000, on constate que le nombre de nouveaux patients détectés, quoiqu'inférieur à ce qui avait été rapporté en 1998, reste encore à un niveau plus élevé que celui qui était observé dans les années 80. On n'observe pas de véritable baisse de la détection.

Enfin, il faut tenir compte de 2 données importantes souvent négligées : le pourcentage de nouveaux patients avec infirmités et celui des enfants.

ALLF. Outre le " versant " épidémiologique de la lèpre, il y a effectivement ce problème des infirmités auquel, comme on le sait, les membres de l'ILEP sont très attachés .

E.D. Oui, vous avez raison de la rappeler, car, outre la priorité donnée au dépistage et au traitement précoces par la PCT, les membres de l'ILEP sont aussi fortement attachés à l'objectif de la prévention mais aussi de la prise en charge appropriée des infirmités liées à la lèpre.

ALLF Que pourriez vous nous dire en conclusion ?

E.D. Je dirai qu'il est trop tôt pour parler de victoire contre la lèpre.
Les chiffres actuels sont certes encourageants, mais il faut se méfier de toute interprétation hâtive et trop optimiste qui pourrait entraîner baisse de la vigilance et démoblisation.
Notre objectif prioritaire est d'assurer une meilleure détection et prise en charge des malades de la lèpre dans les populations défavorisées, à l'aide des services lèpre intégrés dans les Services de Santé généraux.
C'est le princpal défi auquel nous avons actuellement à faire face.


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