Association des Léprologues de Langue Française

Editorial

Quoi de neuf ?

Qu’y a-t-il de nouveau concernant la lèpre ? Peut-on espérer un jour son éradication ? Connait-on mieux les modalités de transmission de Mycobacterium leprae ? Existe-t-il des examens de laboratoire permettant de faire un diagnostic biologique précoce de lèpre ? Et le traitement, toujours aussi long ? et le vaccin ? ….

Telles sont parmi tant d’autres, les questions régulièrement posées aux spécialistes de la lèpre. Et il faut bien dire que la majorité d’entre elles restent encore sans réponses. Les progrès de la recherche sur la lèpre sont lents, à l’image de l’évolution de la maladie ou du temps de division de M. leprae, le bacille de la lèpre.

Dans ce 25ème numéro du Bulletin de l’ALLF, il n’y a pas d’annonces spectaculaires, pas de vrais scoops… mais beaucoup d’informations intéressantes au plan épidémiologique, diagnostique, thérapeutique et historique.

Concernant le niveau d’endémicité de la lèpre dans le monde, on peut noter que les chiffres de nouveaux cas annuels sont en très légère baisse, ces dernières années. Il faut préciser cependant que ces chiffres ne concernent que les pays ayant communiqué leurs statistiques à l’OMS, un certain nombre d’entre eux ne figurant pas, en effet, dans les résultats de l’année 2008 publiés fin 2009 par l’OMS. Par ailleurs, est-on sûr que ces chiffres sont fiables et que le niveau de formation en lèpre des agents de santé des pays d’endémie est suffisant pour permettre un diagnostic des formes de lèpre débutantes ?

On insiste aussi, comme le recommande l’OMS, sur la surveillance des rechutes pour évaluer la résistance de la lèpre aux anti lépreux, et en particulier à la rifampicine. D’ailleurs, à ce sujet, dans la rubrique « Diagnostic », outre des articles de formation continue, on est informé d’une nouveauté : la mise au point d’un kit de détection permettant à des laboratoires non experts de détecter rapidement et simplement les cas de chimio résistance aux anti-lépreux.

Une nouvelle rubrique « Quoi de neuf » permet de prendre connaissance d’une sélection d’articles relevés dans la presse léprologique anglophone.

Au pan historique, du nouveau avec cette étude indienne d’un squelette découvert dans le Rajastan qui permet de faire reculer l’ancienneté des cas de lèpre authentifiés dans le monde, puisque les auteurs de l’étude ont estimé que ce squelette, porteur de lésions osseuses caractéristiques de lèpre, datait de 2000 ans av. JC. Par ailleurs, est rapportée une autre étude qui a permis, sur un squelette en Israël du 1er siècle de notre ère, d’obtenir la signature génomique de M. leprae.
Enfin on trouvera de nombreux autres articles concernant le traitement et toutes autres informations concernant la lèpre.

Et l’ulcère de Buruli ? Dans ce numéro une quinzaine d’articles permettent de constater l’importance prise par cette autre mycobactériose, tant au plan épidémiologique que pathogénique, clinique et thérapeutique. Le traitement médical a acquis ses lettres de noblesse, devenant une alternative au traitement chirurgical exclusif, qui était, il y a quelques années la seule possibilité thérapeutique.
En conclusion, beaucoup d’informations sur ces 2 maladies, actuellement classées par l’OMS dans le groupe des « maladies tropicales négligées » et de nombreux arguments pour se persuader qu’il reste encore beaucoup à faire pour les sortir de cette « négligence »….

Pierre Bobin.