Association des Léprologues de Langue Française

Editorial

Lutte contre l’oubli

A longueur d’éditoriaux depuis 12 ans, la rédaction du Bulletin de l’ALLF rappelle les progrès de la lutte contre la lèpre depuis ces 20 dernières années, mais aussi et surtout les raisons qui doivent nous inciter à rester vigilants concernant cette endémie qui « n’a pas dit son dernier mot ». Au risque de nous répéter et de lasser certains qui ont « tourné la page » de la lèpre, nous voudrions cependant rappeler quelques constations inquiétantes.

En effet, comment ne pas être inquiet quand on compare le nombre de nouveaux cas détectés par an entre 1993 et 2007 (voir tableau page 3) et que l’on constate que, dans les 18 pays les plus endémiques, le taux de détection annuel a augmenté dans la majorité d’entre eux (11 sur 18) et que dans beaucoup d’entre eux également la majorité des personnels de santé ne sont plus compétents pour diagnostiquer un cas de lèpre débutante ?

Comment ne pas être inquiet quand on voit se développer, dans certains pays d’Afrique ou d’Asie, des situations dramatiques qui favorisent la transmission des maladies infectieuses (dont la lèpre) et rendent certains sujets plus réceptifs à la maladie : conflits interethniques, guerres civiles, famine, urbanisation galopante avec développement anarchique de bidonvilles périurbains... ?

Comment également rester indifférent à la stigmatisation dont continuent à souffrir de nombreux malades porteurs d’infirmités liées à la lèpre ?

La lèpre fait maintenant partie officiellement du groupe des 14 « maladies négligées » (voir page 4). On pourrait s’en réjouir si ce classement permettait de se donner les moyens de la combattre efficacement. Il faut souhaiter (vœu pieux ?) que les différents partenaires de la lutte contre la lèpre soient conscients de cette « responsabilité historique » qui doit les inciter à lutter contre cette « négligence ».

A titre d’exemple, nous vous invitons à lire, page 64, un témoignage qui doit nous interpeller et qui est intitulé « L’oublié du Mouraï ». Il nous a été envoyé par le responsable de la lutte contre la lèpre au Tchad.

Comme lui, soyons des « empêcheurs d’oublier en rond ».

Pierre Bobin.