EDITORIAL

Responsabilité historique

La bataile de la lèpre serait-elle sur le point d’être gagnée?
Quand on regarde les chiffres de détec­tion annuelle de nouveaux cas de lèpre, on constate qu’ils restaient à taux constant depuis une vingtaine d’années mais que la courbe de ce taux, jusqu’alors en plateau, a amorcé une descente depuis 3 ans. Le nombre de nouveaux cas annuels qui était encore de 700 000 en 2002 est devenu inférieur à 300 000 en 2006. On aurait donc, a priori, toutes les raisons d’être satisfait.

Mais une question vient immédiatement à l’esprit : ces chiffres communiqués à l’OMS par les autorités sanitaires des pays d’endémie sont ils fiables ? S’agit­il d’une baisse réelle de l’endémie lé­preuse ou d’une diminution des chiffres due à une dégradation dans certains pays de la qualité du diagnostic ou bien d’une modification « administrative » des cri­tères de définition des cas de lèpre ?
Quoiqu’il en soit, il existe, par contre, une réalité incontestable : c’est l’aggravation de la démobiisation générale constatée depuis une dizaine d’années, à tous les niveaux de la lutte contre la lèpre.
Alors, que peuvent faire les différents partenaires engagés dans cette lutte (OMS, Associations de l’ILEP, gouver­nements des pays d’endémie ...), pour la redynamiser ?
Un relatif consensus est, certes, noté dans le discours, mais existe-t-il, en fait, une réelle volonté politique à tous les niveaux ?
Comment pourra-t-on, en effet, élimi­ner la lèpre si, comme cela se passe dans de nombreux pays, les malades ne sont pas détectés et traités suffisamment tôt, seul moyen de limiter le risque de contagion et d’éviter l’apparition des in­firmités ? Il faut pour cela que les po­pulations soient informées et incitées à consulter en cas de lésions cutanées, et que les personnels de santé soient aptes à faire un diagnostic précoce de lèpre et surveillent les malades en cours de trai­tement pour prévenir les infirmités et les prendre en charge si elles apparais­sent. Mais ces conditions sont loin d’être toujours remplies.
Cela supposerait d’améliorer la forma­tion et la supervision des personnels de santé, tant au niveau périphérique (sa­voir suspecter un cas de lèpre) que dans les centres de références (savoir confir­mer ou infirmer un cas de lèpre).
Sans relâche, il faut convaincre l’ensem­ble des partenaires que la lèpre est loin d’avoir disparu et que tout relâchement dans la vigilance serait catastrophique, comme cela s’est produit, dans le passé, pour d’autres grandes endémies.
Il faut motiver les personnels de santé, il faut que les chercheurs poursuivent leurs travaux pour mettre au point des tests de diagnostic précoce et trouver de nouvelles molécules permettant un trai­tement plus court, il faut sensibiliser les opinions publiques et persuader les gé­néreux donateurs que, sans eux, les as­sociations de l’ILEP ne pourront plus poursuivre leur appui irremplaçable à la lutte contre la lèpre.

Il faut... il faut... il faut... Des vœux pieux diront les pessimistes... une né­cessité, en fait, si l’on ne veut pas que la courbe d’incidence de la lèpre remonte dans les 10 ou 20 ans à venir.
Tous les partenaires engagés dans cette lutte doivent être conscients de la res­ponsabilité historique qui est la leur, en ce début de 3e millénaire...

Pierre Bobin.


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